septembre 2007

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Propos confus

  • Robert Littell: LA COMPAGNIE
    Robert Littell: LA COMPAGNIE
    Une fiction bien réaliste qui replace la CIA dans son contexte de machine de guerre incontrôlable et non contrôlée. (****)

  • Dominique BAUDIS: LA CONJURATION
    Dominique BAUDIS: LA CONJURATION
    Une partie des croisades vue sous l'optique "franj". La période la plus cordiale entre mulsumans et croisés. (****)
  • Albert Hourany: HISTOIRE DES PEUPLES ARABES
    "Une" histoire bien documentée mais vu sous l'optique d'un libanais chrétien vernissé d'une culture trop britannique (**)
  • Dominique Baudis: FACE A LA CALOMNIE
    A la loupe : un professionnel de la communication qui gère une situation de crise. Au delà du journal chronologique la vérité terrifiante d'une arme de destruction définitive. Paix aux âmes qui ne sachant pas utiliser les médias sombrent irrémédiablement. La rumeur ? Un poison moderne à l'origine de crimes impunis. (*****)
  • Dan Brown: Da Vinci code
    Dan Brown: Da Vinci code
    Un bestseller ? L'histoire est rondement menée. Beaucoup de références historiques et artistiques. Mais la chute est un peu courte et écrite dans un style bien moins enlevé. L'inspiration a manqué au moment du final... Je reste sur ma faim. (****)
  • Pierre FAYARD: Comprendre et appliquer Sun Tzu
    Spécialiste de la communication des sciences et techniques, Pierre Fayard décortique la pensée stratégique de Sun Tsu pour mieux l'appréhender. "Chaque société, lorsqu'il y a un grand moment de changement, s'appuie sur sa culture traditionnelle, notamment pour la stratégie. Cette culture est tacite donc difficile à expliquer, d'où la nécessité d'employer des comparaisons pour en comprendre le sens." L'une des grandes idées de L'art de la guerre réside dans la considération de tout le potentiel disponible, chez ses associés ou ses ennemis, quelle que soit la situation. "Le jeu consiste à le faire tourner à son propre profit" explique Pierre Fayard. La stratégie n'est pas une science exacte, et requiert de la créativité. Ce que l'on a à faire, il faut le faire faire par son ennemi. La pensée de Sun Tzu est l'inverse des théories de Clausewitz, où la stratégie directe, frontale et destructrice a des difficultés à produire des changements qualitatifs."
  • Olivier Roy: L'islam mondialis
    Avec L'islam mondialisé, Olivier Roy s'inscrit dans la suite logique d'une longue réflexion, amorcée en 1985 avec Afghanistan, islam et modernité politique , poursuivie avec l'Echec de l'islam politique ,et plus récemment avec La nouvelle Asie centrale ou la fabrication des nations . La thèse principale de l'ouvrage consiste à démontrer comment l'islam radical des années 1990 a été en fait, forgé depuis l'Occident à partir d'un double processus d'échec de l'islam politique au Moyen Orient et d'immigration des populations musulmanes en Europe. Ainsi, malgré la perception occidentale d'un islam conquérant, la réislamisation ambiante est en fait un produit de l'occidentalisation et de la globalisation, dont le néo-fondamentalisme est l'illustration... (***)
  • M. Rodinson: Islam et capitalisme
    Islam et capitalisme, paru pour la première fois en 1966, pose ainsi le problème de la relation entre ces deux notions : « Où peut-on placer le monde musulman dans la typologie générale des systèmes de production et de redistribution des biens ? ». Bien que M. Rodinson s'intéresse surtout ici au capitalisme, une section est consacrée à la fin de l'ouvrage au socialisme. Paradoxalement, l'auteur part d'une orientation marxiste pour analyser le développement capitaliste dans le monde musulman. Il est vrai que cela peut surprendre, encore plus au XXIème siècle, d'où sa définition du marxisme appliqué à son essai. Il entend par cela partir d'hypothèses socio-économiques, d'une problématique propre aux sciences de l'homme comme l'a fait Marx. Il se considère non pas comme marxiste politique ou philosophique mais comme marxiste des sciences sociales, se basant sur des données empiriques, l'histoire et l'économie politique. M. Rodinson explique aussi que son travail est libre des tabous qui encerclent l'Islam, à la différence des penseurs des pays musulmans, car il n'a pas d'appartenance à ce milieu. De plus, il avertit le lecteur que son travail n'est pas aussi précis qu'il le voudrait car c'est un projet ambitieux. Ces trois principes de départ posés, il peut se lancer dans la position du problème. (***)
  • Belmère-Billot Marie-Claude: Moins de poids... plus de moi
    Résumé Le problème du poids représente une des préoccupations majeures en santé publique à travers le monde. L'obésité est devenue l'ennemie numéro un. Le corps médical a mis en place différentes stratégies préventives et interventionnistes qui ont des incidences surtout économiques. Mais qui s'occupe de l'individu, de son histoire, de son potentiel, de ses souffrances et de ses besoins ? Privilégiant une approche axée sur la personne, l'auteure témoigne de son expérience auprès de milliers de patients voulant perdre du poids. Par un pourquoi, un qui et un comment, elle souligne l'importance de s'identifier, de se respecter et non d'attendre une identité respectable de son amaigrissement. Elle exhorte le public à choisir un thérapeute non seulement pour ses compétences professionnelles, mais aussi pour ses compétences humaines et sa capacité à relativiser le pouvoir médical afin d'éviter d'être manipulé au nom de la prévention. Ce livre s'adresse tant aux patients qu'aux thérapeutes. Les patients s'y retrouveront avec beaucoup d'aisance et seront invités à entreprendre une démarche sur eux-mêmes avant tout. Quant aux thérapeutes, ils pourront y puiser des éléments de réflexion afin d'enrichir leur pratique professionnelle. Un régime est la meilleure façon de prendre du poids. Par contre, une démarche sur soi, sur ses forces, sur ses passions, sur ses blessures, sur ses manques, ne serait-ce pas une meilleure façon d'exister ? Biographie Depuis près de 20 ans, Marie-Claude Belmère-Billot pratique à Toulouse comme médecin endocrinologue nutritionniste, hypnothérapeute ericksonnienne et praticienne EMDR. Elle a rencontré plusieurs milliers de patients souffrant de problèmes de poids de tout genre. Elle nous fait partager l'expertise qu'elle a développée grâce aux liens étroits qu'elle a tissés dans l'accompagnement thérapeutique des personnes venues la consulter. Elle donne des conférences, des formations et des séminaires en France et au Québec. (*****)
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05 mai 2005

L'évolution du système scolaire est-elle de nature à satisfaire les familles ?

Cette crise de confiance est un phénomène évidemment très complexe, aux origines multiples. Il y a tout d’abord la conscience confuse – mais sans doute de mieux en mieux partagée – que notre système éducatif est loin d’être l’exemple universel que beaucoup croyaient.

Le malaise  doit sans doute également se comprendre comme la conséquence même de la grande décennie de massification de l’enseignement secondaire et supérieur qui a précédé. Durant cette période, face à un marché du travail déprimé, beaucoup de jeunes d’origine modeste ont fait le choix de poursuivre des études, en dépit des coûts que cela représentait pour eux et leur famille. A l’arrivée, ils ont le bac, mais n’en continuent pas moins d’être relégués à des positions peut-être moins subalternes mais plus incertaines que leurs parents. La déception et les frustrations de leurs aînés conduisent sans doute aujourd’hui beaucoup de jeunes issus de milieux modestes à abdiquer toute ambition scolaire pour tenter directement leur chance sur le marché du travail

Le système éducatif semble souffrir d’un mouvement de défiance de la part des jeunes et des familles – notamment les plus modestes – lequel se manifeste à tous les niveaux, tant par une réticence à poursuivre des études professionnelles qualifiantes qu’à s’engager dans des études supérieures longues.

L’école joue toujours un rôle central pour promouvoir la mobilité sociale mais, sur ce plan, l’inquiétude n’est malheureusement pas dénuée de fondements.

La formation est un atout de plus en plus important pour éviter le chômage et les emplois précaires, pour autant elle n’est pas devenue un passeport miracle pour grimper dans la hiérarchie sociale.

Tout le monde va plus longtemps à l’école, mais la hiérarchie des réussites scolaires en fonction de l’origine sociale est restée presque inchangée.

La base sociale du recrutement des grandes écoles est redevenue aussi étroite qu’au début siècle, alors pourtant que les écarts de ressources entre familles de cadres et d’ouvriers ont considérablement diminué au fil des décennies.

Aujourd’hui, 20% des enfants d’ingénieurs accèdent à une grande école contre 1% à peine des enfants d’ouvriers.

Avec l’allongement général des scolarités, les inégalités sont rendues visibles plus tard dans les cursus, mais elles sont toujours aussi fortes et naissent en réalité toujours aussi tôt. Mise en place au début des années quatre-vingt dix, la réforme des cycles s’est accompagnée d’un recul très significatif du redoublement dans le primaire et au collège, mais l’intensité des inégalités devant le redoublement entre les enfants de familles aisées et de familles modestes sont (est) restée intacte et considérable.

La déprime actuelle vis-à-vis de notre système éducatif se nourrit en partie de la vieille idée – aussi partagée qu’inavouée – que les hommes et leurs sociétés sont de toutes façons intrinsèquement inégaux, qu’il y aura toujours des gagnants et des perdants et qu’il est fondamentalement inutile de dépenser l’argent public pour essayer de remédier à cet état de la nature.

Assurément, l’école n’est pas en mesure de corriger à elle seule les tensions créées par le chômage de masse, mais aussi par les transformations sociales et familiales, les ségrégations spatiales, parfois les démissions parentales, tout en étant sommée d’assurer au plus grand nombre un accès commun au savoir et la formation à la citoyenneté. Ce contexte induit pourtant un profond pessimisme et les mouvements de défiance souvent excessifs dont elle est victime.

Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, d’une part, et Raymond Boudon, d’autre part, s’accordent-ils pour penser qu’il y a une « inégalité des chances » dans le système éducatif ?

Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron ont montré dès 1961 que le monde des étudiants était surtout celui des Héritiers. L'héritage marxiste est clairement présent dans l'analyse tout comme la filiation à Max Weber. Selon eux, l'école diffuse et impose une culture qui n'est pas neutre socialement tant elle est le résultat de rapports de forces entre des groupes sociaux ou des classes sociales. Fruit de ce rapport de force, elle ne peut que servir les intérêts des classes dominantes. Ce ne sont pas tant les inégalités de capital économique qui expliquent les inégalités scolaires mais les inégalités de capital culturel. En classant les élèves à partir de contenus scolaires qui sont aussi des savoirs sociaux inégalement répartis selon les classes sociales (langage, culture libre…), le système scolaire tient pour égaux des élèves qui ne le sont pas. Dès lors, l'école ne peut que reproduire des inégalités sociales en les transformant en inégalités scolaires et par là même en les légitimant.

Bourdieu et Passeron plaident donc pour une pédagogie qui s'attacherait, de l'école maternelle à l'université à supprimer l'action des facteurs sociaux des inégalités culturelles

Leur thèse est confortée par des recherches montrant que le niveau d'études des parents est plus déterminant que l'origine sociale. La sociologie des grandes écoles et des élites dirigeantes souligne la stabilité des mécanismes de reproduction des élites scolaires et sociales.

Raymond Boudon est le chef de file du courant de l'individualisme méthodologique (actionnisme) qui vise à expliquer les phénomènes sociaux à partir du comportement des acteurs, considérés comme des sujets rationnels. Selon Boudon, les inégalités scolaires sont liées aux stratégies familiales 

A chaque « point de bifurcation » du système éducatif, correspondant aux classes d'orientations (3ème, seconde ... etc), les familles évaluent les coûts et les risques liés à la poursuite de la scolarisation et les avantages que procurent les diplômes. Selon la situation sociale de l'élève, la famille aura une perception différente de réussite et du rendement de l'investissement éducatif. Les catégories populaires sous-estiment les profits scolaires, surestiment les risques tandis que les catégories supérieures qui connaissent bien les avantages des diplômes et savent gérer les risques s'orientent vers les filières les plus valorisantes. Cette place spécifique accordée au milieu d'origine explique les comportements d'auto-sélection des enfants d'origine modeste et pour une part leurs trajectoires scolaires globalement plus courtes.

Cette analyse amène Raymond Boudon à privilégier des mesures économiques, notamment à travers les aides financières de l'Etat aux élèves, permettant aux élèves d'origine modeste d'accorder moins d'importance aux coûts des études lors de leurs choix d'orientation. Selon lui, il faudrait également substituer à des choix brutaux (filière longue/filière courte, scientifique/littéraire) des choix qui engagent moins l'avenir, par la création de « passerelles » entre les filières. 

Raymond Boudon présente clairement une mise en ordre des causes de l’inégalité des chances scolaires, et il tente d’en déterminer les facteurs principaux, afin de limiter, dit-il, sinon l’inégalité, du moins ses conséquences.

Raymond Boudon est partisan de l'individualisme méthodologique, tout comme Max Weber. Toute explication d'un phénomène social doit partir du comportement des individus, de leurs choix, de leur motivation, compte tenu des contraintes. Chaque famille détermine ses choix rationnels d'orientation en fonction :

  • des coûts : finances, livres

  • des avantages : revenu correspondant au diplôme, mobilité sociale

  • des risques : réussite aléatoire

Les classes populaires choisissent les filières les moins valorisantes : phénomène d'auto-exclusion. D'après Boudon, l'école n'est pas responsable. A chaque bifurcation, un choix est effectué. Ce sont ces stratégies qui sont génératrices d'inégalités car elles dépendent du milieu social.

En conclusion

Pour les auteurs le système scolaire est incapable d'assurer l'égalité des chances.

Ils font des constats proches concernant l'inégalité des chances à l'école mais leur interprétation est différente. Boudon raisonne en termes de stratégie d'acteur rationnel (partisan de l'individualisme méthodologique). Bourdieu met au premier plan la transmission du capital culturel et la fonction de reproduction sociale de l'école (partisan du holisme).

L'école peut être facteur de mobilité sociale : elle y participe mais imparfaitement. D'un côté, elle doit sélectionner et, de l'autre, elle doit assurer l'égalité des chances. Comment faire ? Le système éducatif ne semble pas avoir réussi sa mission initiale : donner à tous les mêmes chances de réussite. L'école traite comme égaux des individus inégaux, différents selon leur origine sociale. On peut aussi remettre en cause l'analyse tocquevillienne sur l'égalisation des chances.

25 avril 2005

Conservation des systèmes : état constant et homéostasie

Conservation des systèmes : état constant et homéostasie

La fonction première d’un système est sa propre conservation. Un système doit rester dans un état constant, orienté vers un optimum. Or, une des caractéristiques des systèmes qui « fonctionnent » est qu’ils sont tous dans un état de déséquilibre thermodynamique, dans la mesure où ils ne cessent d’échanger de l’énergie avec leur environnement. Ils se retrouvent donc obligés de se maintenir dans un état constant, caractérisé par une relative stabilité, au sein même des déséquilibres provoqués par les flux d’entrées et de sorties. Le système se retrouvant dans un état d’équilibre (ayant épuisé tous les échanges possibles avec son environnement) a atteint le stade de la « mort thermique » (pour reprendre l’expression de Boltzmann). La loi montrant que tous les systèmes fermés finissent tôt ou tard de cette façon s’appelle l’entropie.

La conservation d’un état constant est aussi une nécessité des systèmes cybernétiques (qu’ils soient organiques ou artificiels) : leur autorégulation dépend des boucles de rétroaction négatives, qui ont une fonction de contrôle et de stabilisation autour d’une valeur moyenne.

On trouve un processus particulier dans les systèmes vivants : l’homéostasie. L’homéostasie (d’homios, le même, et stasis, l’arrêt, la mise au repos) désigne la capacité d’un système à se maintenir dans un état constant, dans sa forme et ses conditions internes, en dépit des perturbations externes. Dans le cas des animaux, les conditions internes sont nombreuses et dépendent de sous-systèmes (maintien de la température interne, de la pression artérielle, de la teneur en eau et autres substances vitales, etc). Le terme d’homéostasie est forgé par le physiologiste Walter Cannon dans les années 1920 ; mais la propriété est découverte dès le milieu du XIXème siècle par Claude Bernard, qui décrit les principes de régulation du milieu interne. Théoriquement, un système parfaitement autorégulé impliquerait de pouvoir revenir à son été initial, suite à une perturbation. Néanmoins, si le monde vivant lutte contre la flèche du temps (tous les êtres vivants créant des boucles de néguentropie provisoires), ils ne reviennent cependant jamais à un état identique, mais évoluent vers un état légèrement différent, qu’ils s’efforcent de rendre aussi proche que possible de leur état initial.

C’est pourquoi le système vivant maintient sa forme malgré des échanges avec l’environnement ; c’est pourquoi aussi sa stabilité n’exclut pas une certaine évolution. En bref, la simple régulation cybernétique pour maintenir un système dans un état constant (comme c’est le cas pour un thermostat) diffère de l’homéostasie qui, malgré son nom, est un processus complexe et autonome d’autorégulation, impliquant un renouvellement des éléments et une réorganisation structurelle autonomes.

18 avril 2005

Il faut préciser ce que sont la théorie générale de Ludwig von Bertalanffy, le Structuralisme, la Cybernétique et la Théorie de l'Information

1.     La théorie générale des systèmes (Bertalanffy)

Biologiste de formation, savant au savoir encyclopédique, Ludwig von Bertalanffy s’intéresse tôt à la conception de l’organisme comme système ouvert. Il participe à l’émergence de la théorie « holiste » de la vie et de la nature. Sa théorie de la biologie est à la base de sa théorie générale des systèmes. C’est dans ce cadre que le scientifique est amené à explorer les divers champs d’application de sa théorie – psychologie, sociologie ou histoire – comme autant de niveaux d’organisation. Le paradigme systémique conçoit à la fois la matière et l’esprit comme les éléments indissociables d’un processus évolutif qui se développe de façon non-linéaire dans un système complexe. Par « théorie générale des systèmes », il ne faut donc pas entendre une théorie particulière (comme la théorie des nombres complexes), mais un modèle pouvant s’illustrer dans diverses branches du savoir (comme la théorie de l’évolution).

Il y a en fait trois niveaux d’analyse à distinguer :

a.      La science des systèmes, consistant à la fois dans un étude des systèmes particuliers dans les différentes sciences et une théorie générale des systèmes comme ensemble de principes s’appliquant à tous les systèmes. L’idée essentielle ici est que l’identification et l’analyse des éléments ne suffisent pas pour comprendre une totalité (comme un organisme ou une société) ; il faut encore étudier leurs relations

Bertalanffy s’est attaché à mettre en lumière les correspondances et les isomorphismes des systèmes en général : c’est tout l’objet d’une théorie générale des systèmes.

b.     La technologie des systèmes, concernant à la fois les propriétés des hardwares et les principes de développement des softwares. Les problèmes techniques, notamment dans l’organisation et la gestion des phénomènes sociaux globaux (pollutions écologiques, réformes éducation, les régulations monétaires et économiques, relations internationales), constituent des problèmes incluant un grand nombre de variables en interrelation. Des théories « globales » comme la théorie cybernétique, la théorie de l’information, la théorie des jeux et de la décision, la théorie des circuits et des files d’attente, etc., en sont des illustrations. De telles théories ne sont pas « fermées », spécifiques, mais au contraire interdisciplinaires.

c.     La philosophie des systèmes, promouvant le nouveau paradigme systémique, à côté du paradigme analytique et mécaniste de la science classique. La systémique constitue, selon les propres termes de Bertalanffy, « une nouvelle philosophie de la nature », opposée au lois aveugles du mécanisme, au profit d’une vision du « monde comme une grande organisation ». Une telle philosophie doit par exemple soigneusement distinguer systèmes réels (une galaxie, une chien, une cellule), qui existent indépendamment de l’observateur, systèmes conceptuels (théories logiques, mathématiques), qui sont des constructions symboliques, et systèmes abstraits (les théories expérimentales), comme cette sous-classe particulière des systèmes conceptuels qui correspondent à la réalité. À noter, à la suite des travaux sur la psychologie de la forme et les déterminismes culturels, que la différence entre systèmes réels et systèmes conceptuels est loin d’être tranchée. Cette ontologie des systèmes ouvre donc sur une épistémologie, réfléchissant sur le statut de l’être connaissant, le rapport observateur/observé, les limites du réductionnisme, etc. L’horizon ultime est alors de comprendre la culture comme un système de valeurs dans lequel l’évolution humaine est enchâssée.

2. Le structuralisme

La notion centrale est la structure - étudiée à la fois en linguistique, en anthropologie et en psychologie :

    1. En linguistique : Ferdinand de Saussure s’inspire de l’analyse économique et introduit le couple conceptuel signifiant/signifié. Ses travaux sont repris par le danois Louis Hjelmslev et l’américain Jakobson : Hjemslev présente le langage comme la double implication de deux structures indépendantes, expression et contenu. Enfin, Noam Chomsky, chercheur au MIT, dégage une grammaire générative, ensemble de règles linguistiques universelles, au fondement de toute langue possible. Il ouvre la voie aux sciences cognitives.

    2. En anthropologie : Claude Lévi-Strauss pose le primat des structures intellectuelles sur le développement social et adopte un point de vue synchronique, étudiant les sociétés dites primitives à la lumière des structures dégagées, réduisant ainsi le rôle de l’histoire. Il cherche les invariants capables d’expliquer l’équilibre social.

    3. En psychologie : c’est

      la Gestalttheorie

      de l’école allemande (travaux sur la psychologie de la forme dans le domaine des perceptions) ; puis Jean Piaget, qui s’intéresse au développement de l’intelligence chez l’enfant. L’intelligence est décrite, à travers une série de stades de développement, comme la capacité de construire en permanence des structures, qui s’établissent par autorégulation.

3. La cybernétique

Due au mathématicien américain Norbert Wiener, la cybernétique est la science générale de la régulation et des communications dans les systèmes naturels et artificiels. La tâche du cybernéticien consiste :

a.      à reconnaître la structure et l’état interne de la machine ou de l’animal ;

b.      à décrire les relations qu’elle entretient avec son environnement ;

c.       à prévoir son comportement et son évolution dans le temps.

Pour se représenter le fonctionnement d’une machine ou d’un animal, plusieurs concepts s’avèrent utiles :

a.      les affecteurs (ou capteurs), servant à percevoir les modifications de l’environnement ;

b.      les effecteurs, moyens d’action sur l’environnement ;

c.       la boîte noire, élément structurel, dont le fonctionnement interne est ignoré et qui n’est considéré que sous l’aspect de ses entrées et de ses sorties ;

d.      les boucles de rétroactions (ou feed-back) : on constate une boucle de rétroaction lorsque la grandeur de sortie d’une boîte noire réagit sur la grandeur d’entrée, selon un processus de bouclage. Dans ce dernier cas, on n’a plus seulement affaire à une simple relation de cause à effet, mais à une causalité non-linéaire, plus complexe, où l’effet rétroagit sur la cause. Il existe deux sortes de feed-back : le feed-back positif (amplificateur) et le feed-back négatif (compensateur).

La cybernétique a permis de faire émerger les bases scientifiques d’une analyse rigoureuse des concepts d’organisation et de commande.

4. La théorie de l’information

La théorie de l’information schématise de manière standard la communication comme suit : toute information est un message envoyé par un émetteur à un récepteur en fonction d’un code déterminé. Le postulat de Shannon est que, pour théoriser l’information, il est nécessaire de faire abstraction de la signification des messages. C’est le point de vue du théoricien, mais aussi de l’ingénieur : le contenu du message n’a pas d’incidence sur les moyens de le transporter. Seule compte la quantité d’information à transmettre, mesurable selon la théorie de Shannon. L’objectif de celui-ci, ingénieur d’une compagnie américaine de téléphone (BELL), était de minimiser le coût des communications par une utilisation plus efficace des canaux de transmission.

La théorie de l’information de Claude Shannon regroupe les lois mathématiques concernant le transfert de signaux dans des canaux matériels finis. Cette théorie est applicable à la transmission des signaux artificiels aussi bien qu’à la linguistique ou au système nerveux.

BASE BIBLIOGRAPHIQUE

  • Norbert Wiener, Cybernétique et société, 1971, 10/18.

  • Ludwig von Bertalanffy, Théorie générale des systèmes, 1993, Dunod.

  • Francisco J. Varela, Autonomie et connaissance, Essai sur le vivant, 189, Seuil.

  • Daniel Durand, La systémique, 1971, 8° édition corrigée : 1998, PUF, coll. "Que sais-je ?".

  • Herbert A. Simon, Science des systèmes, science de l'artificiel, 1991, Dunod.

La Définition de système

La Définition de système intègre la théorie générale de Ludwig von Bertalanffy, le Structuralisme, la Cybernétique et la Théorie de l'Information

I - Quatre concepts fondamentaux définissent un système

a. L’interaction (ou l’interrelation) renvoie à l’idée d’une causalité non-linéaire. Ce concept est essentiel pour comprendre la coévolution et la symbiose en biologie. Une forme particulière d’interaction est la rétroaction (ou feed-back) dont l’étude est au centre des travaux de la cybernétique.

b. La totalité (ou la globalité). Si un système est d’abord un ensemble d’éléments, il ne s’y réduit pas. Selon la formule consacrée, le tout est plus que la somme de ses parties. Bertalanffy est le premier à l’avoir montré. Cette idée s’éclaire par le phénomène d’émergence : au niveau global, apparaissent des propriétés non déductibles des propriétés élémentaires, ce qu’on peut expliquer par un effet de seuil.

c. L’organisation est le concept central pour comprendre ce qu’est un système. L’organisation est l’agencement d’une totalité en fonction de la répartition de ses éléments en niveaux hiérarchiques. Selon son degré d’organisation, une totalité n’aura pas les mêmes propriétés. On arrive ainsi à cette idée que les propriétés d’une totalité dépendent moins de la nature et du nombre d’éléments qu’ils contiennent que des relations qui s’instaurent entre eux. On peut donner deux exemples.

1/ Les isomères sont des composés chimiques de même formule et de même masse, mais ayant des agencements structurels différents et, de ce fait, des propriétés différentes.

2/ les cerveaux humains possèdent tous à peu près le même nombre de neurones, mais ce qui va décider des différentes aptitudes, c’est la nature et le nombre de relations entre eux dans telle ou telle aire. On peut dire que, en s’organisant, une totalité se structure (une structure est donc une totalité organisée).

L’organisation est aussi un processus par lequel de la matière, de l’énergie et de l’information s’assemblent et forment une totalité, ou une structure. Certaines totalités développent une forme d’autonomie ; elles s’organisent de l’intérieur : on parle alors d’auto-organisation.

Il existe deux sortes d’organisation :

Ö        l’organisation en modules, en sous-sytèmes (qui renvoie aussi à l’organisation en réseaux)

Ö        l’organisation en niveaux hiérarchiques.

o       L’organisation en sous-systèmes procède par intégration de systèmes déjà existant, tandis que l’organisation en niveaux hiérarchiques produit de nouvelles propriétés, à chaque niveau supplémentaire.

o       La notion d’organisation retrouve donc celle d’émergence, dans la mesure où c’est le degré d’organisation d’une totalité qui fait passer d’un niveau hiérarchique à un autre, et fait émerger de nouvelles propriétés. L’émergence est la création d’un niveau hiérarchique supérieur.

De manière générale, on s’aperçoit donc que la notion d’organisation recouvre un aspect structurel (comment est construit la totalité) et un aspect fonctionnel (ce que la structure lui permet de faire). On peut représenter une structure par un organigramme, la fonction par un programme.

d. La complexité. La complexité d’un système tient au moins à trois facteurs :

Ö        le degré élevé d’organisation ;

Ö        l’incertitude de son environnement ;

Ö        la difficulté, sinon l’impossibilité d’identifier tous les éléments et de comprendre toutes les relations en jeu. D’où l’idée que les lois permettant de décrire un système ne peuvent être purement déterministes, ou, tout au moins, que son comportement global ne permet qu’une prédictivité réduite.

II - Description d’un système

  1. Sous son aspect structurel, un système comprend quatre composants :

    • Les éléments, qui sont les parties constituantes : on peut en évaluer le nombre et la nature (même si ce n’est qu’approximativement). Ces éléments sont plus ou moins homogènes. Dans une entreprise commerciale, les éléments sont hétérogènes (capitaux, bâtiments, personnel,…).

    • Une limite (ou frontière) qui sépare la totalité des éléments de son environnement ; cette limite est toujours plus ou moins perméable et constitue une interface avec le milieu extérieur. C’est par exemple, la membrane d’une cellule, la peau du corps. La limite d’un système peut être plus floue, ou particulièrement mouvante, comme dans le cas d’un groupe social ;

    • Des réseaux de relation : les éléments sont en effet inter reliés. Nous avons vu que, plus les interrelations sont nombreuses, plus le degré d’organisation est élevé et plus grande la complexité. Les relations peuvent être de toutes sortes. Les deux principaux types de relations sont : les transports et les communications. En fait, ces deux types peuvent se réduire à un seul, puisque communiquer c’est transporter de l’information, et transporter sert à communiquer (faire circuler) des matériaux, de l’énergie ou de l’information.

    • Des stocks (ou réservoirs) où sont entreposés les matériaux, l’énergie ou l’information , et qui doivent être transmis ou réceptionnés.

  2. Sous son aspect fonctionnel :

    • Des flux, de matériaux, d’énergie ou d’informations, qui empruntent les réseaux de relations et transitent par les stocks. Ils fonctionnent par entrées/sorties (ou inputs/outputs) avec l’environnement.

    • Des centres de décision qui organisent les réseaux de relations, c’est-à-dire coordonnent les flux et gèrent les stocks.

    • Des boucles de rétroaction qui servent à informer, à l’entrée des flux, sur leur sortie, de façon à permettre aux centres de décision de connaître plus rapidement l’état général du système.

    • Des ajustements, réalisés par les centres de décisions en fonction des boucles de rétroaction et de délais de réponse (correspondant au temps que mettent les informations « montantes » pour être traitées et au temps supplémentaire que mettent les informations « descendantes » pour se transformer en actions).

III - Il existe deux sortes de systèmes : Les systèmes ouverts et fermés.

Les systèmes ouverts ont plus d’échanges avec leur environnement,

Les systèmes fermés jouissent d’une plus grande autonomie (auto-organisation).

Évidemment, cette distinction n’est pas tranchée : aucun système n’est complètement fermé sur lui-même, ni complètement perméable. Cette distinction a été introduite par la thermodynamique au milieu du XIXème siècle : un système fermé échange uniquement de l’énergie avec son environnement, contrairement à un système ouvert, qui échange énergie, matière et information. La notion de système ouvert s’est considérablement élargie avec les travaux sur le vivant de Cannon vers 1930 et de Bertalanffy dans les années 1940.

La notion de système fermé n’est en fait qu’un concept limite, puisque tout système est plus ou moins ouvert.

BASE BIBLIOGRAPHIQUE

  • Norbert Wiener, Cybernétique et société, 1971, 10/18.

  • Ludwig von Bertalanffy, Théorie générale des systèmes, 1993, Dunod.

  • Francisco J. Varela, Autonomie et connaissance, Essai sur le vivant, 189, Seuil.

  • Daniel Durand, La systémique, 1971, 8° édition corrigée : 1998, PUF, coll. "Que sais-je ?".

  • Herbert A. Simon, Science des systèmes, science de l'artificiel, 1991, Dunod.