L'entrée en maison de retraite se fait souvent dans l'urgence, après un accident ou une opération qui privent une personne âgée de son autonomie. Sa famille cherche alors le lieu adapté au handicap, bien situé et à un coût abordable. Mais l'addition de ces contraintes limite le choix, d'autant que beaucoup de maisons affichent complet.
« L'idéal est de ne pas attendre le dernier moment, car anticiper de quelques mois le départ vers une maison de retraite permet de le préparer et d'avoir plus de choix », conseille Luc Broussy, délégué général du Syndicat national des établissements et résidences pour personnes âgées (Synerpa). Les personnes dépendantes ne peuvent être accueillies que dans des résidences médicalisées et celles souffrant de la maladie d'Alzheimer, dans des unités de vie spécialisées.
Plus de 680 000 personnes âgées vivent ainsi en institutions, en France, dont 500 000 sont considérées comme dépendantes. Chaque année, 150 000 nouvelles personnes intègrent ces établissements. A 80 %, il s'agit de femmes qui ont 85 ans en moyenne. La durée moyenne de séjour est de deux à trois ans.
Il existe trois types d'établissement : les maisons de retraite, dont certaines sont médicalisées ; les foyers-logements, qui proposent des studios à meubler à leur guise destinés aux personnes valides, et des unités de soins de longue durée (USLD) rattachées à des hôpitaux.
La moitié des maisons de retraite relèvent du secteur public ; elles sont notamment gérées par les centres communaux d'action sociale (CCAS) et les offices publics HLM. S'y ajoutent les unités de long séjour, qui relèvent du secteur hospitalier - même si l'Assistance publique cherche plutôt à se désengager de cette mission. Dans le secteur à but non lucratif, qui représente 30 % du parc, figurent des acteurs variés, associations, caisses de retraite, mutuelles ou congrégations religieuses.
Le secteur commercial s'est beaucoup développé à partir des années 1980. Il représente aujourd'hui 20 % de la capacité d'accueil ; en vingt ans, il a progressé de 300 %, alors que le secteur public stagnait et que le secteur associatif ne croissait que de 40 %.
Le leader du privé, avec 10 000 lits, est Orpea, société cotée au Second Marché à la Bourse de Paris. Vient ensuite Médica France, qui développe les chaînes Mapi, Clairefontaine, Résidence d'automne, les Doyennés : cette ex-filiale du groupe Caisse des dépôts passée sous le contrôle du fonds d'investissement européen Bridgepoint Capital propose 6 500 lits. Médidep, avec 5 000 lits, est cotée en Bourse depuis 1998 et détenue à 30 % par Orpea. Citons aussi le groupe Domus VI (4 500 lits), qui possède les chaînes Tiers Temps, Eleusis ou Thémis, le groupe Sérience avec Hotelia, GDP Vendôme (2 550 lits) et une foule d'indépendants possédant chacun quelques établissements. L'irruption d'actionnaires privés dans ce secteur permet de drainer des capitaux pour la construction des établissements ; mais la rentabilité qui est ensuite exigée est un sujet de préoccupation.
Dans ce paysage éclaté où ni le type d'exploitant ni le niveau de prix ne sont un gage de qualité et de soins attentifs, il est parfois difficile de s'y retrouver. Le coût du foncier a un impact direct sur le prix de journée, notamment dans le secteur privé. « Les établissements les plus agréables ne sont pas les plus chers, et le public n'est pas forcément meilleur marché ni de meilleure qualité que le privé », avertit Annette Vezin, coauteur du Guide vermeil des meilleures maisons pour personnes âgées, Paris, Ile-de-France, qui a visité 200 établissements de la région, soit 20 % de l'offre. Ce guide, dont elle envisage une édition pour la région Rhône-Alpes et une autre pour la Provence-Alpes-Côte d'Azur, établit trois niveaux de prix : moins de 70 euros par jour, entre 70 et 90 euros et plus de 90 euros. Le coût mensuel varie ainsi de 1 500 à 1 900 euros en province, de 2 000 à 2 500 euros en Ile-de-France et jusqu'à 4 600 euros à Paris.
CONVENTION TRIPARTITE
La loi du 20 juillet 2001 aurait dû permettre une mise aux normes des établissements avec une médicalisation plus poussée et une régulation des tarifs. Elle prévoit que tous les établissements hébergeant des personnes dépendantes aient signé une convention tripartite avec le conseil général et la direction départementale de l'action sanitaire et sociale (Ddass) avant le 31 mai. Au début de l'année, seuls 3 500 d'entre eux, sur 10 000, l'avaient effectivement signée.
Les coûts sont ventilés en trois chapitres : l'hébergement et l'hôtellerie ; les prestations liées à la dépendance, qui peuvent être partiellement prises en charge par l'allocation personnalisée d'autonomie (APA) ; les soins, qui sont assumés par l'assurance-maladie.
En pratique, l'hébergement, qui représente 80 à 90 % du prix, est payé par le résidant ou sa famille. Cependant les départements peuvent, dans le cadre de leur aide sociale, en financer tout ou partie dans les établissements qu'ils agréent, c'est-à-dire ceux relevant du secteur public et environ 10 % de ceux du secteur privé. Cette aide départementale n'est accordée qu'après que les enfants ont été mis à contribution au titre de leur obligation alimentaire ; elle est récupérable sur la succession de la personne aidée.
« Cette ventilation est injuste car elle met à la charge des résidants ou de leur famille, outre le prix du terrain et de construction, les frais administratifs et 50 % des frais de personnel, cela dans le but de soulager la Sécurité sociale », s'indigne Norbert Navarro, directeur d'une maison de retraite à Beauregard-l'Evêque (Puy-de-Dôme) et administrateur de l'Adepha, une association qui regroupe les directeurs de ces établissements. L'Adepha dénonce le coût élevé des séjours, soit plus de 2 000 euros par mois, alors que la retraite moyenne, en France, s'élève à 1 000 euros.
Pour mobiliser des ressources, les résidants peuvent vendre leur logement, notamment en viager, ce qui leur assure une rente à vie, indexée sur l'inflation. Mais, allongement de la vie oblige, il y a plus de vendeurs que d'acheteurs.